Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /2009 11:56

Lorianne, 36 ans (Source : forum : quelpsy.psychologies.com)
                           
   
Autour de moi, je vois des personnes blessées, vaincues par un divorce, un deuil, une séparation, plaquées à terre par ce qu'elles considèrent comme une fatalité. Incapables de se relever, non par manque d'envie mais par peur du lendemain, elles voient la solitude comme une punition à leurs propres erreurs.

Depuis une vingtaine d'année, je vis seule, d'une part à cause d'opinions divergentes avec mes parents et d'autre part, parce qu'aucun homme ne m'a donné envie de le suivre dans cette aventure. Je ressens le besoin de respirer, de vivre et d'exister sans pour autant le faire au travers d'un compagnon. Je n'apprécie rien de plus que de rentrer le soir, lire ou regarder la télé avec le sentiment d'avoir accompli une bonne journée de travail et de mériter amplement cet entracte. Ne pas avoir à rendre de comptes quant à l'utilité de mes heures, profiter simplement de l'instant présent, savourer ces moments où nul n'aurait à me demander ce que je fais à manger. Vous n'imaginez pas combien cela est gratifiant. Je tiens à préciser que je suis maman d'une petite fille, qui comprend parfaitement que parfois je l'autorise à manger n'importe quoi, genre céréales ou glaces pour le dîner. Cela peut vous paraître égoïste, je le conçois mais dans vingt ans, vos enfants viendront-ils vous voir en maison de retraite ? J'aime ma solitude, j'aime cette inactivité où je me consacre à mes rêves, à mes espoirs et mes envies, où nul ne se moque de ma poésie, car je suis poète !

Bien sûr parfois, comme tout un chacun, j'apprécierais une présence, une épaule, mais si c'est pour l'avoir au détriment de mes pensées, alors j'estime préférable cette solitude. Faguet a dit « le sentiment de solitude qui est la misère et la fierté des hommes supérieurs », non que je me sente extraordinaire, seulement, j'ai suffisamment de centres d'intérêts dans la vie pour me passer d'un concubin. Je me permettrais d'émettre cet avis : le compagnon ne serait-il que le pansement à la vanité de votre existence ? Je vois autour de moi tant de femmes qui n'ont vécu, ne vivent et ne vivront qu'au travers du regard d'un homme, de son avis, de ses désirs et je trouve dommageable ce machisme ambiant. Il est vrai que la plupart du temps, la femme sort du joug du père pour tomber sous le couperet du mari mais quand-même, on est au vingt et unième siècle !

J'aime le fait de décider ce que je peux faire de ma vie sans avoir à me plier à des considérations maritales. J'aime la notion d'être actrice de mon existence non par procuration. Je n'ai pas peur de dire que ma fille est arrivée par hasard, que le père n'en voulait pas et que malgré l'avis de mes proches, j'ai accepté sa venue au monde. Si ces termes pouvaient faire changer d'avis les personnes qui se plaignent de la solitude, alors je crois que j'aurai fait mon devoir. Un excellent devoir qui plus est....
Par Jo
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Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /2009 11:41
Solitude : Situation de quelqu’un qui se trouve, volontairement ou non, à l'écart des autres. Du latin solitudo, solitude, lui-même de solus, seul.

Synonymes et mots voisins : abandon (rupture du lien avec quelqu’un à qui on était lié sur le plan affectif), aliénation (situation d'une personne qui s'isole du groupe auquel elle appartient), buen retiro (lieu écarté et servant de retraite), claustration (séjour prolongé dans un lieu isolé et fermé, plus particulièrement dans un cloître), cloître (partie d'un monastère fermée et interdite aux laïcs), confinement (fait d'être enfermé), délaissement (état spirituel d'une personne qui se croit abandonnée de la Grâce), déracinement (situation d'une personne arrachée à son milieu d'origine), déréliction (solitude morale d'une personne abandonnée par Dieu), éloignement (fait d'être à une grande distance des autres), emprisonnement (fait d'être détenu en prison), enfermement (fait d'être dans un lieu fermé), ermite (religieux contemplatif qui se retire du monde), esseulement (état d'une personne isolée), exclusion (éviction de quelqu'un d'un groupe), exil (éloignement affectif et moral), isolement (situation d'une personne seule dans la vie), quarantaine (isolement imposé à une personne qui est atteinte d'une maladie contagieuse), réclusion (état d'une personne qui vit à l'écart du monde), retraite (action de se retirer d'un lieu), retranchement (fait de s'exclure d'un groupe), séparation (rupture du lien entre deux personnes), thébaïde (lieu isolé où l'on se retire à l'écart du monde), tanière (lieu où l'on choisit de vivre à l'écart), tour d'ivoire (lieu où se réfugie quelqu'un qui refuse tout contact), veuvage (situation d'une personne qui a perdu son conjoint), viduité (synonyme vieilli de "veuvage").
Par Jo
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Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /2009 11:33
Vendredi ou les limbes du Pacifique, collection Folio, Éd. Gallimard, 1972, pp. 53-55.


"La solitude n'est pas une situation immuable où je me trouverais plongé depuis le naufrage de la Virginie. C'est un milieu corrosif qui agit sur moi lentement, mais sans relâche et dans un sens purement destructif. Le premier jour, je transitais entre deux sociétés humaines également imaginaires : l'équipage disparu et les habitants de l'île, car je la croyais peuplée. J'étais encore tout chaud de mes contacts avec mes compagnons de bord. Je poursuivais imaginairement le dialogue interrompu par la catastrophe. Et puis elle s'est révélée déserte. J'avançai dans un paysage sans âme qui vive. Derrière moi, le groupe de mes malheureux compagnons s'enfonçait dans la nuit. Leurs voix s'étaient tues depuis longtemps, quand la mienne commençait seulement à se fatiguer de son soliloque. Dès lors je suis avec une horrible fascination le processus de déshumanisation dont je sens en moi l'inexorable travail.
Je sais maintenant que chaque homme porte en lui et comme au-dessus de lui un fragile et complexe échafaudage d'habitudes, réponses, réflexes, mécanismes, préoccupations, rêves et implications qui s'est formé et continue à se transformer par les attouchements perpétuels de ses semblables. Privée de sève, cette délicate efflorescence s'étiole et se désagrège. Autrui, pièce maîtresse de mon univers... Je mesure chaque jour ce que je lui devais en enregistrant de nouvelles fissures dans mon édifice personnel. Je sais ce que je risquerais en perdant l'usage de la parole, et je combats de toute l'ardeur de mon angoisse cette suprême déchéance. Mais mes relations avec les choses se trouvent elles-mêmes dénaturées par ma solitude. Lorsqu'un peintre ou un graveur introduit des personnages dans un paysage ou à proximité d'un monument, ce n'est pas par goût de l'accessoire. Les personnages donnent l'échelle et, ce qui importe davantage encore, ils constituent des points de vue possibles, qui ajoutent au point de vue réel de l'observateur d'indispensables virtualités.
A Speranza, il n'y a qu'un point de vue, le mien, dépouillé de toute virtualité. Et ce dépouillement ne s'est pas fait en un jour. Au début, par un automatisme inconscient, je projetais des observateurs possibles des paramètres au sommet des collines, derrière tel rocher ou dans les branches de tel arbre. L'île se trouvait ainsi quadrillée par un réseau d'interpolations et d'extrapolations qui la différenciait et la douait d'intelligibilité. Ainsi fait tout homme normal dans une situation normale. Je n'ai pris conscience de cette fonction comme de bien d'autres qu'à mesure qu'elle se dégradait en moi. Aujourd'hui, c'est chose faite. Ma vision de file est réduite à elle-même. Ce que je n'en vois pas est un inconnu absolu... Partout où je ne suis pas actuellement règne une nuit insondable. [...]
Je sais maintenant que la terre sur laquelle mes deux pieds appuient aurait besoin pour ne pas vaciller que d'autres que moi la foulent. Contre l'illusion d'optique, le mirage, l'hallucination, le rêve éveillé, le fantasme, le délire, le trouble de l'audition... le rempart le plus sûr, c'est notre frère, notre voisin, notre ami ou notre ennemi, mais quelqu'un, grands dieux, quelqu'un ! "
Par Jo
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